2004 | Poèmes de Yvon Le Men, dit par le poète | 10 minutes
En plus de trente ans et plus de trente livres, Yvon Le Men s’est imposé comme l’un des plus grands poètes contemporains. Nous nous sommes rencontrés en 1976 — il avait 23 ans — et j’ai immédiatement eu la conviction qu’il deviendrait une figure majeure de la poésie. Trente ans plus tard, j’ai ressenti le besoin profond d’unir sa soif d’absolu à la mienne.
Entre 1996 et 1997, je crée à partir d’extraits de son œuvre poétique un livre d’artiste illustré de dessins « à la flamme » : Ombres de lumière.
En 2000, je réalise son portrait dans la suite L’Offrande Picturale.
Puis, en 2003, je tente d’aborder dans un court-métrage la problématique de la mort — sujet tabou de notre société contemporaine — à partir d’extraits de son recueil L’Échappée blanche, publié en 1995 aux Éditions Rougerie.
Il reste le silence qu’ensemble nous partagerons
quand, demain, ensemble sans le savoir
nous regarderons le ciel
quand, plus tard, l’univers nous aura rejoints.
En 2019, Yvon Le Men a reçu le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre.
De 1984 à 1992, j’ai consacré huit années à la peinture des Polylobes — une démarche qui constituait, entre autres, une tentative de refléter l’unité des univers.
Puis, entre 1991 et 1995, à travers des collages conçus à partir de ces Polylobes, j’ai exploré la thématique de la multiplicité. En soumettant les Polylobes à un véritable « Big Bang », j'ai engagé un travail de déconstruction sous lequel se dissimule, à l'image du cosmos, un ordre profond. Cette recherche venait clore une boucle métaphysique en mettant en relief une idée essentielle : l’unité et la multiplicité ne sont que les deux facettes d’un même principe fondamental, la loi des contraires.
Enfin, de 2006 à 2009, j’ai pu concrétiser mon rêve de 1995 : transposer ces collages en de grandes céramiques.
C’est le récit de cette aventure de vingt-cinq ans de création que je vous invite à découvrir dans ce film.
Au commencement, Marzuk crée les Polylobes. Nous sommes en 1984. Un travail qui exalte la beauté du monde et parle d’Unicité. Déjà on applaudit, outre la grande richesse des détails et des couleurs, la virtuosité remarquable de ce poète du subtil.
Entre 1991 et 1995, il déstructure les Polylobes pour créer 42 Louanges au Regard, une série de collages étonnants pour exprimer, à l’inverse, la Multiplicité. La lumière est passée au travers d’un prisme et en sort différente, mais pourtant inchangée dans sa beauté profonde, foisonnante, exubérante dans ses constructions comme dans ses variations…
2009 enfin : après plus de deux ans et demi de recherche, l’artiste termine les premiers grands ensembles en céramique de la série 42 Louanges au Regard, un prolongement majestueux et infini de ce travail de déstructuration des premiers Polylobes. Dans un foisonnement jubilatoire, toute la force explosive de ce travail magistral entrepris il y a presque 20 ans trouve un prolongement éclatant sur les carrés de terre cuite.
Pascale Boigontier, critique d'art