ANDRÉ MARZUK

Films

 

Mémorial des corps et des âmes

2004 | Poèmes de Yvon Le Men, dit par le poète | 10 minutes

En plus de trente ans et plus de trente livres, Yvon Le Men s’est imposé comme l’un des plus grands poètes contemporains. Nous nous sommes rencontrés en 1976 — il avait 23 ans — et j’ai immédiatement eu la conviction qu’il deviendrait une figure majeure de la poésie. Trente ans plus tard, j’ai ressenti le besoin profond d’unir sa soif d’absolu à la mienne.

Entre 1996 et 1997, je crée à partir d’extraits de son œuvre poétique un livre d’artiste illustré de dessins « à la flamme » : Ombres de lumière.

En 2000, je réalise son portrait dans la suite L’Offrande Picturale.

Puis, en 2003, je tente d’aborder dans un court-métrage la problématique de la mort — sujet tabou de notre société contemporaine — à partir d’extraits de son recueil L’Échappée blanche, publié en 1995 aux Éditions Rougerie.

Il reste le silence qu’ensemble nous partagerons 
quand, demain, ensemble sans le savoir 
nous regarderons le ciel 
quand, plus tard, l’univers nous aura rejoints.

En 2019, Yvon Le Men a reçu le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre.

 

 

Pénombre dedans, soleil dehors. Heures figées.

2007 | Textes extrait de l'œuvre de Colette Fellous (in Plein été, et Aujourd’hui) | 20 minutes
Lorsque Fellini réalisa son film sur Rome, il choisit de l’intituler Fellini-Roma, signifiant par là qu’il ne s’agissait pas de dépeindre la cité réelle, mais d’en offrir sa propre vision, nécessairement subjective.
C’est dans cette même démarche de réappropriation intime que j'ai choisi le sous-titre Marzuk-Tunisie : mon œuvre ne prétend nullement détenir la vérité de la vie tunisienne, elle ne cherche qu'à raviver quelques souvenirs d'enfance partagés.
C'est avec une certaine appréhension que j'ai projeté ce film en 2007 aux Tunisiennes et Tunisiens, lors d'une présentation à la médiathèque Charles-de-Gaulle de Tunis. Je redoutais qu'on me reprochât une distance trop grande avec la réalité de leur quotidien. Contre toute attente, l'accueil fut positif et chaleureux ; l'émotion l'emporta sur le réalisme, et les larmes aux yeux de quelques spectatrices vinrent balayer mes doutes.
Lors de notre rencontre à Tunis, je redoutais également la réaction de Colette Fellous face aux phrases empruntées à ses livres. Elle m'offrit pourtant ce beau compliment : “Cela me donne envie de faire un film avec vous.”
 

 

Bleu silence

2007 | Extraits du livre […] | 10 minutes
De 1992 à 1993, en revisitant l’œuvre de Georges de La Tour, je réalise une suite de quinze pastels monochromes intitulée Recueil de silences. L’année suivante, sur un coup de cœur, Olympia Alberti écrit un texte d’une grande profondeur sur ces dessins. En 1997, l’ensemble — texte et dessins — est publié sous le titre Bleu silence. Enfin, dix ans plus tard, à l’occasion d’une conférence à la Maison Jules-Roy de Vézelay, je réalise ce court-métrage pour parachever le cycle consacré à nos silences intérieurs. Cette déambulation au cœur des pastels est accompagnée d’extraits du livre, lus par Olympia Alberti.
De nos jours, tant de tableaux ne sont que sollicitations à être hors de soi : ici, l’inverse éclate par la magie d’un silence multiple, comme froissé et retenu de révéler immédiatement ses diaprures. C’est que nous sommes l’incarnation par laquelle le temps doit se faire éternité, le bleu lumière et le silence musique.
Olympia Alberti est lauréate de deux prix de l’Académie française : le prix de Poésie en 1996 et le Grand Prix de la Nouvelle en 2025.

André Marzuk, peintre des émotions de l'âme, a décidé de mettre Georges de La Tour en bleu. Ses études au pastel nous révèlent des pans cachés des grandes toiles du maître du caravagisme intériorisé. Pulsation, silence, porosité, clarté, tels sont les mots utilisés par Olympia Alberti, dans le texte qu'elle a enlacé aux images du peintre. Ces hiéroglyphes du bleu nous font passer de l'autre côté du miroir, là où l'art prend tout son sens, et soulève l'âme.  
Gerard de Cortanze
 

 

Cœur ignition 

2008 | Fragments de poème d’Aimé Césaire | 8 mn
En 1997, Annick Thébia-Melsan, commissaire de l’exposition, me propose de participer à l’événement international en hommage à Aimé Césaire organisé par l’UNESCO à Fort-de-France : « La force de regarder demain ».Après avoir relu l’ensemble de son œuvre poétique, je sélectionne plusieurs fragments de poèmes destinés à accompagner mes dessins « à la flamme », puis je crée en 1998 le livre d’artiste Cœur ignition.
Le 14 septembre 2002, lors de la signature de l’ouvrage devant les représentants culturels et les médias de Martinique, Aimé Césaire déclare :
« Marzuk m’a lu, il m’a compris, il est allé à l’essentiel et le message est implicitement contenu dans ce livre. Il a été au centre de ma création, il a saisi l’essentiel de mon œuvre, il l’a sentie et profondément sentie. »
En 2008, je réalise un court-métrage. Structuré en trois mouvements, tel un concerto, ce film fait dialoguer deux créations produites à trente ans d’intervalle – Hiroshima/La Mort (1969) et Traces de lumière (1999) – qui incarnent à mes yeux les deux grands cycles de la poésie césairienne : la révolte et l’espoir.
Marius-Marc Roux prête le grain de sa voix aux poèmes du poète.
« À trente années de distance, André Marzuk réunit deux de ses œuvres et instaure entre elles un dialogue qui éclaire son parcours. Du feu destructeur au feu poétique, l’expression plastique fait naître autour d’un même concept des visions opposées et s’apparente à la quête d’un absolu. »
Dany Ropart 

 

 

 

 

Series of Dreams

Ballade dans la suite Polylobes 
2016 | 20 mn

De 1984 à 1992, j’ai consacré huit années à la peinture des Polylobes — une démarche qui constituait, entre autres, une tentative de refléter l’unité des univers.
Puis, entre 1991 et 1995, à travers des collages conçus à partir de ces Polylobes, j’ai exploré la thématique de la multiplicité. En soumettant les Polylobes à un véritable « Big Bang », j'ai engagé un travail de déconstruction sous lequel se dissimule, à l'image du cosmos, un ordre profond. Cette recherche venait clore une boucle métaphysique en mettant en relief une idée essentielle : l’unité et la multiplicité ne sont que les deux facettes d’un même principe fondamental, la loi des contraires.
Enfin, de 2006 à 2009, j’ai pu concrétiser mon rêve de 1995 : transposer ces collages en de grandes céramiques.

C’est le récit de cette aventure de vingt-cinq ans de création que je vous invite à découvrir dans ce film.

Au commencement, Marzuk crée les Polylobes. Nous sommes en 1984. Un travail qui exalte la beauté du monde et parle d’Unicité. Déjà on applaudit, outre la grande richesse des détails et des couleurs, la virtuosité remarquable de ce poète du subtil. 
Entre 1991 et 1995, il déstructure les Polylobes pour créer 42 Louanges au Regard, une série de collages étonnants pour exprimer, à l’inverse, la Multiplicité. La lumière est passée au travers d’un prisme et en sort différente, mais pourtant inchangée dans sa beauté profonde, foisonnante, exubérante dans ses constructions comme dans ses variations…
2009 enfin : après plus de deux ans et demi de recherche, l’artiste termine les premiers grands ensembles en céramique de la série 42 Louanges au Regard, un prolongement majestueux et infini de ce travail de déstructuration des premiers Polylobes. Dans un foisonnement jubilatoire, toute la force explosive de ce travail magistral entrepris il y a presque 20 ans trouve un prolongement éclatant sur les carrés de terre cuite.
Pascale Boigontier, critique d'art