Manifeste 1
Cette double exposition de Vence et de Carros est, pour moi, un manifeste. Qui ne dénonce pas, mais qui annonce. C’est le manifeste d’un changement de paradigme, c’est-à-dire de vision du monde, qui prendra toute sa place lentement mais sûrement tout au long du siècle et deviendra, un jour prochain, éclatant.
Sociologiquement, la modernité, avec le cynisme qui la caractérise, est, à mon sens, une période historique qui s’achève. Une de ses caractéristiques est une propension à formuler de belles théories très rarement mises en application. Alors que ce qui émerge depuis quelques décennies et annonce l’avenir ne sépare en aucun cas la théorie de la pratique. Par exemple, si nous sommes pour l’égalité absolue des droits entre les hommes et les femmes, alors, dans toute la mesure du possible, nous l’appliquons dans nos vies.
De même, dans cette série picturale mettant en avant l’importance de la tendresse comme fine pointe de l’humain dans la relation amoureuse, nulle posture intellectuelle, nulle formulation philosophique ou utopique, mais une attitude éthique réellement vécue depuis 30 ans.
Dans la vieille modernité, pour attirer l’attention un manifeste se devait de faire dans la provocation… avant de rapidement sombrer dans l’oubli. Ma position, depuis des années, est que l’œuvre, par sa force intérieure, par son souffle de vérité, s’impose en douceur et lentement, mais s’impose profondément et durablement.
(Allocution au vernissage de l’exposition Concerto pour deux cœurs, à Vence. 25 Septembre 2009)
Manifeste 2
Résolument tourné vers l’avenir, à contre-courant de la tendance générale de notre époque, ce travail artistique, poétique, philosophique, manifeste la force des pulsions de vie sur les envahissantes pulsions mortifères des décennies actuelles.
Bien entendu, nous savons tous que toute énergie passe par l’interaction de deux pôles opposés. Aucun d’entre nous n’attendrait que du courant électrique jaillisse du seul pôle positif, ou du seul pôle négatif. Les deux sont également nécessaires. Je ne dis donc pas que les pulsions de vie soient supérieures aux pulsions de mort. Les deux sont nécessaires à notre réflexion sur le monde, à notre progression sur le plan des idées et, par extension, sur celui de nos vies. Encore faudrait-il que ces deux forces soient en équilibre ! Or ma conviction, mais je me trompe peut-être, est que notre époque est nettement dominée par des pulsions négatives.
Mon travail artistique n’essaye donc que de rétablir un peu l’équilibre. Il rentre dans le cadre d’une écologie de la pensée. Pour employer des termes actuels, un « développement durable » de la pensée humaine, dont l’art véritable est un des nutriments.
(Allocution au vernissage de l’exposition Tout ce que je sais du ciel, à Carros. 26 Septembre 2009)