Traces de lumière (1969 / 1996-1999) (2023)

Traces de lumière

Dessins à la flamme

En janvier 1996 je décide de reprendre – en essayant de le pousser beaucoup plus loin – un travail que j’avais commencé à explorer en 1969 : des dessins abstraits uniquement exécutés en brûlant le papier avec une flamme. Ce n’est plus le fusain, c’est-à-dire du bois calciné, qui trace le trait, mais directement la flamme. Toute la difficulté étant de contrôler la flamme comme je contrôle le fusain pour obtenir exactement l’émotion recherchée. En 4 ans je réalise quelques 1600 dessins sans aucun recadrage, dont je ne garde qu’une très exigente sélection.
Ces dessins ont la particularité d’être entièrement exécutés avec une flamme. Ce travail est un “jeu” entre deux champs : l'ordre que nous maîtrisons, qui est sous le contrôle de notre volonté, et l'ordre de la nature que nous ne maîtrisons pas mais qui n'est pas pour autant un désordre, comme l’explique depuis quelques années les mathématiques dites “du chaos”. C’est un ordre encore plus subtil et qui, jusqu’à présent, nous dépassait. Et c'est le choc entre ces deux champs de l'ordonnancement qui est, pour moi, porteur d'émotion.
De même que, dans les Nymphéas de Monet, un effet émotionnel naît de la sensation d'être à mi-chemin entre deux mondes : figuration et abstraction, de même, ce qui donne cet effet à ces dessins c'est qu’ils se trouvent à la frontière entre deux mondes : le volontaire et l'aléatoire, le libre arbitre et le déterminisme.

André Marzuk
Point de vue sur l’art N°53
1999