Chaque jour, à l’automne 1994 et 1995, je dessine une feuille tombée d’un des arbres de la placette où se situe mon atelier. Plus tard, je sélectionne des fragments de l’œuvre littéraire et poétique d’Olympia Alberti. Plus tard encore, lors d’une séance de travail ensemble à mon atelier, je lui demande si elle veut bien écrire le passage choisi, en lui désignant l’espace où doit se situer le texte. Œuvre à deux mains. La feuille de dessin garde en mémoire la feuille de l’arbre qui se meurt. La feuille de l’arbre garde en mémoire sa vie dans ses nervures. Et les deux feuilles transportent les mots d’Olympia. Mémoire de mort, mémoire de souffrance, mémoire de joie, mémoire de vie. Mémoire d’amour.
À la question toujours encombrante : qu’est-ce que tu écris en ce moment, je réponds que j’écris sur des fleurs, et qu’un autre jour je choisirais un sujet encore plus mince, plus humble si possible. Une tasse de café noir. Les aventures d’une feuille de cerisier.
Christian Bobin in Autoportrait au radiateur